chair

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chair

chair [  É…õr ] n. f.
‚ÄĘ XVe; car 1080; lat. caro, carnis‚Üí carn√©; acharner
I ‚ô¶
1 ‚ô¶ Substance molle du corps de l'homme ou des animaux, essentiellement constitu√©e des tissus musculaire et conjonctif (oppos√© √† squelette). La chair et les os. Os d√©pouill√©s de chair (‚áí d√©charn√©) . La chair et la peau. La chair et le sang. Ongle qui p√©n√®tre dans les chairs (‚áí incarn√©) . La balle a p√©n√©tr√© dans les chairs. L√©sion des chairs (blessures, plaies); chairs tum√©fi√©es, gangren√©es. ¬ę un horrible m√©lange D'os et de chair meurtris ¬Ľ (Racine). Excroissance de chair. Lambeaux de chair. ‚ÄĒ ENTRE CUIR (peau) ET CHAIR : sous la peau. C√īt√© cuir (poil) et c√īt√© chair d'une peau de b√™te. ‚ÄĒ En chair et en os. Chair √† canon. ‚ÄĒ √ätre (bien) en chair : avoir de l'embonpoint, avoir la chair ferme.
2 ‚ô¶ (XIIe) √Čtat ext√©rieur du corps humain; aspect de la peau. Chairs rebondies. Chair molle, flasque. Chair ferme, douce, fra√ģche. Chair satin√©e, blanche, p√Ęle, rose, dor√©e. ‚áí carnation. ¬ę Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants ¬Ľ (Baudelaire). ¬ę ils se sont complu √† peindre la chair florissante et saine, [...] la pulpe sanguine et sensible qui s'√©panouit opulemment √† la surface de l'√™tre anim√© ¬Ľ (Taine). ‚ÄĒ Peint. (Au plur.) Parties nues des personnages. Les chairs sont bien rendues dans ce tableau.
‚ôĘ Avoir LA CHAIR DE POULE, la peau qui se h√©risse (sous l'effet du froid, d'une frayeur, etc.) par l'√©rection des follicules pileux (cf. R√©action ans√©rine). Donner la chair de poule √† qqn, exciter sa frayeur, son horreur; son trouble. ‚áí frisson, horripilation. ¬ę J'ai pass√© l'√Ęge de rougir, pas celui de me troubler, tant mieux. Le genou de Narcisse me donne toujours la chair de poule ¬Ľ (J.-L. Bory).
3 ‚ô¶ Couleur chair : de la couleur rose de la peau, dans la race ¬ę blanche ¬Ľ. Des bas couleur chair. ‚ÄĒ Adj. inv. Des collants chair.
II ‚ô¶ (XIIe) Fig.
1 ‚ô¶ Relig. La nature humaine (oppos√©e √† la nature divine), le corps (oppos√© √† l'esprit, √† l'√Ęme). Le Verbe s'est fait chair. ‚áí incarnation. Un √™tre de chair et de sang. Souffrir dans sa chair. ‚áí corps. R√©surrection de la chair. ¬ę La chair est cendre, l'√Ęme est flamme ¬Ľ (Hugo). ‚ÄĒ ¬ę l'enfant qu'elle avait port√© dans son sein, la chair de sa chair ¬Ľ (Bourget).
2 ‚ô¶ Les instincts, les besoins du corps; les sens. ‚áí sensualit√© . La faiblesse de la chair. ¬ę La chair est triste, h√©las ! et j'ai lu tous les livres ¬Ľ (Mallarm√©).
‚ôĘ Sp√©cialt La sexualit√©. ‚áí concupiscence, luxure, sexualit√©. L'aiguillon, l'appel de la chair. ‚áí tentation. Les plaisirs de la chair. ¬ę bris√©e de joie, la chair heureuse et lasse ¬Ľ (France). ¬ę de m√©diocres aventures o√Ļ la chair seule est int√©ress√©e ¬Ľ (F. Mauriac). ‚ÄĒ Relig. Ňíuvre de chair, p√©ch√© de (la) chair (‚áí fornication) .
III ‚ô¶
1 ‚ô¶ Vx Partie molle, comestible de certains animaux. ‚áí viande; carne. ¬ę Les animaux carnivores se nourrissent de chair; l'homme mange de la viande ¬Ľ (Littr√©). ‚ÄĒ Chair crue, cuite, fra√ģche. L'ogre ¬ę flairait √† droite et √† gauche, disant qu'il sentait la chair fra√ģche ¬Ľ (Perrault).
2 ‚ô¶ Relig. Aliment gras; viande des mammif√®res et des oiseaux (par oppos. au poisson, aliment maigre). Vendredi chair ne mangeras : tu ne mangeras pas de viande le vendredi. ‚ÄĒ Loc. Ni chair ni poisson : ind√©cis, ind√©finissable.
3 ‚ô¶ Mod. CHAIR √Ä SAUCISSE : pr√©paration √† base de maigre et de gras de porc hach√©s et assaisonn√©s (‚áí 1. farce) . ‚ÄĒ Loc. fam. Hacher menu comme chair √† p√Ęt√© : mettre en pi√®ces, en menus morceaux.
4 ♦ (Qualifié) Partie comestible d'animaux (sauf lorsqu'il s'agit de viande de mammifères) et de végétaux. Ces volailles, ce poisson ont une chair délicate, tendre. La chair parfumée, fondante d'une poire (⇒ pulpe) . Champignon à chair bleuissante.
‚äó CONTR. Squelette. ‚ÄĒ √āme, cŇďur, esprit. ‚äó HOM. Chaire, cheire, cher , ch√®re.

‚óŹ chair nom f√©minin (latin caro, carnis) Tissu musculaire et conjonctif du corps humain et animal que recouvre la peau : Chair ferme, molle. Le chirurgien taille dans la chair. Partie charnue, parfois comestible, des v√©g√©taux (fruits, champignons, etc.) : Une prune √† la chair juteuse. Partie musculaire du corps des animaux consid√©r√©e comme aliment. (On distingue la chair blanche [veau, volaille], la chair rouge [bŇďuf, mouton, ch√®vre], la chair noire [gibier].) Dans la langue de la religion ou de la morale, le corps, les app√©tits physiques par opposition √† l'esprit, √† l'√Ęme : Les plaisirs de la chair. ‚óŹ chair (citations) nom f√©minin (latin caro, carnis) L√©on-Paul Fargue Paris 1876-Paris 1947 [‚Ķ] La pens√©e, oui, dans une belle chair. Sous la lampe Gallimard Andr√© Gide Paris 1869-Paris 1951 Les plus douteux √©garements de la chair m'ont laiss√© l'√Ęme plus tranquille que la moindre incorrection de mon esprit. Journal des Faux-Monnayeurs Gallimard √Čtienne Le Camus Paris 1632-Grenoble 1707 Le p√©ch√© de la chair est le plus abominable de tous les p√©ch√©s et ce crime est si bien le plus grand de tous les crimes qu'il faut √™tre √† deux pour le commettre. St√©phane Mallarm√© Paris 1842-Valvins, Seine-et-Marne, 1898 La chair est triste, h√©las ! et j'ai lu tous les livres. Fuir ! l√†-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres D'√™tre parmi l'√©cume inconnue et les cieux ! Po√©sies, Brise marine Charles Perrault Paris 1628-Paris 1703 Il flairait √† droite et √† gauche, disant qu'il sentait la chair fra√ģche. Le Petit Poucet Paul Verlaine Metz 1844-Paris 1896 ¬ę La chair est sainte ! Il faut qu'on la v√©n√®re. ¬Ľ Jadis et nagu√®re, Don Juan pip√© Messein Bible C'est pourquoi l'homme quitte son p√®re et sa m√®re et s'attache √† sa femme, et ils deviennent une seule chair. Ancien Testament, Gen√®se II, 24 Commentaire Citation emprunt√©e √† la ¬ę Bible de J√©rusalem ¬Ľ. Bible Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le s√©parer. √Čvangile selon saint Matthieu, XIX, 6 Bible Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ; l'esprit est ardent, mais la chair est faible. √Čvangile selon saint Matthieu, XXVI, 41 Mahomet, en arabe MuŠł•ammad La Mecque vers 570-M√©dine 632 Chaque fois que vous faites Ňďuvre de chair, vous faites une aum√īne. Tradition musulmane William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 √Ē souillures, souillures de la chair ! Si elle pouvait fondre Et se dissoudre et se perdre en vapeurs ! O, that this too too solid flesh would melt, Thaw and resolve itself into a dew ! Hamlet, I, 2, Hamlet ‚óŹ chair (difficult√©s) nom f√©minin (latin caro, carnis) Sens et orthographe Ne pas confondre ces trois noms f√©minins. 1. Chair (avec a, sans e final) = tissu musculaire ; viande. La lame a entam√© la chair. Chair crue, cuite. 2. Chaire (avec a et e final) = tribune, estrade ; poste de professeur d'universit√©. Elle est titulaire d'une chaire √† la facult√© de Caen. 3. Ch√®re (avec un √® et un e final) = nourriture. Aimer la bonne ch√®re. Registre soutenu. Remarque Ne pas confondre non plus avec l'adj. cher, ch√®re (‚Üí cher). ‚óŹ chair (expressions) nom f√©minin (latin caro, carnis) Avoir, donner la chair de poule, avoir, faire avoir la peau h√©riss√©e de petites papilles sous l'effet du froid, de la peur ; avoir, faire peur. Bien en chair, replet, rebondi. Familier. Chair fra√ģche, jeune personne qui excite le d√©sir sexuel. En chair et en os, en personne, bien vivant. Familier. En faire de la chair √† p√Ęt√©, √† saucisse, √©craser, an√©antir quelqu'un. √ätre de chair (et de sang), avoir des faiblesses humaines, en particulier, des faiblesses amoureuses. Litt√©raire. La chair de sa chair, son enfant. N'√™tre ni chair ni poisson, √™tre d'une nature mal d√©finie ; manquer de fermet√© dans ses opinions. Chair carr√©e de Sylvius, muscle de la plante du pied, appel√© encore ¬ę accessoire du long fl√©chisseur commun ¬Ľ. Chair √† saucisse, m√©lange de maigre et de gras hach√© et assaisonn√© qu'on met dans les saucisses et qui sert de farce. C√īt√© chair d'une peau, c√īt√© qui √©tait en contact avec les muscles de l'animal. (Le c√īt√© oppos√© se nomme c√īt√© fleur.) Mortifier sa chair, s'adonner √† des pratiques de p√©nitence corporelle. P√©ch√© de la chair, p√©ch√© de luxure. R√©surrection de la chair, selon le symbole des ap√ītres, r√©surrection de tous les hommes √† la fin du monde. ‚óŹ chair (homonymes) nom f√©minin (latin caro, carnis) chaire nom f√©minin cheire nom f√©minin cher adjectif ch√®re nom f√©minin ‚óŹ chair (synonymes) nom f√©minin (latin caro, carnis) Partie musculaire du corps des animaux consid√©r√©e comme aliment.
Synonymes :
Dans la langue de la religion ou de la morale...
Synonymes :
‚óŹ chair adjectif invariable Couleur beige ros√© rappelant la couleur de la peau : Collant chair. ‚óŹ chair (homonymes) adjectif invariable chaire nom f√©minin cheire nom f√©minin cher adjectif ch√®re nom f√©minin

chair
n. f.
rI./r
d1./d Chez l'être humain et les animaux, substance fibreuse, irriguée de sang, située entre la peau et les os. être bien en chair: être un peu gros, potelé.
‚ÄĒ En chair et en os: en personne.
|| Marchand de chair humaine: trafiquant d'esclaves.
d2./d Peau (chez l'être humain). La chair douce d'un enfant.
|| Chair de poule: aspect grenu que prend la peau sous l'effet du froid, de la peur.
d3./d (En appos.) Couleur chair: couleur blanc rosé. Un maillot couleur chair.
d4./d Viande hach√©e. Chair √† p√Ęt√©, √† saucisses.
d5./d Partie comestible de certains animaux (viande proprement dite exclue), de certains végétaux. La chair tendre d'une carpe, d'une sapotille.
rII./r
d1./d RELIG La chair: le corps humain (par oppos. √† l'√Ęme). La r√©surrection de la chair. La chair est faible.
d2./d Litt. La chair: les instincts, spécial. l'instinct sexuel.
‚ÄĒ RELIG Le p√©ch√© de la chair: les relations sexuelles en dehors du mariage.

⇒CHAIR, subst. fém.
I.‚ÄĒ [Du point de vue de la nature et de la destination physiques]
A.‚ÄĒ [La chair en tant qu'√©l√©ment de la nature sensible; l'emploi de la constr. chair √† est impossible] Composante pr√©dominante du corps humain ou animal, essentiellement constitu√©e des tissus musculaire et conjonctif.
1. [En parlant de l'Homme ou de l'animal ‚ÄĒ surtout p. oppos. au tissu osseux et √† sa duret√©, parfois p. oppos. au tissu sanguin et √† sa fluidit√©] Substance somatique de consistance relativement molle. Chair molle, lambeaux de chair (cf. anatomie ex. 5)¬†:
‚ÄĘ 1. Le philosophe qui analise, d√©compose, ressemble √† un anatomiste qui dirait en voyant une belle femme¬†: ce sont des os, des chairs, des muscles; mais l'homme qui la contemple et sur-tout √† travers le prisme de la jeunesse, voit une figure charmante, et des formes qui le ravissent.
S√ČNAC DE MEILHAN, L'√Čmigr√©, 1797, p. 1835.
‚ÄĘ 2. Il revoyait ses membres li√©s, (...), tout son corps forc√©, (...), ruisselant de sang, br√Ľlant d'un feu rose, d'un aveuglant et insoutenable √©clat, la mati√®re merveilleuse de toute sa chair giclant comme un fruit dans les griffes aigu√ęs du destin.
GRACQ, Au ch√Ęteau d'Argol, 1938, p. 131.
‚ÄĒ Expr. De chair et de sang ou de chair et d'os. De nature sensible. Moins majestueux que sur les images, enfin, un homme de chair et de sang (G. DUHAMEL, Chronique des Pasquier, Suzanne et les jeunes hommes, 1941, p. 170). Pas (...) des gens de chair et d'os mais des all√©gories (S. DE BEAUVOIR, M√©moires d'une jeune fille rang√©e, 1958, p. 269). En chair et en os. Sous une forme sensible, en personne. √Ä bient√īt somatiquement (Vulgo, en chair et en os) (VERLAINE, Correspondance, t. 3, 1890, p. 179).
‚ÄĒ P. anal. [En parlant d'une chose concr., g√©n. d'un √©l√©ment naturel]¬†:
‚ÄĘ 3. Les monts, tr√®s hauts encore, au tournant de la route, n'offrent plus qu'une ossature, un squelette morne, gris, dont toute substance, toute chair est absente. Je veux dire la veine grasse, la couche fertile et l'humus, si longuement accumul√©s ailleurs. Mais on voit, noires ou jaunes, et √©paisses, des coul√©es de terre glisser de pente en pente entre ces os, sans que rien puisse en suspendre la chute.
PESQUIDOUX, Le Livre de raison, 1925, p. 179.
‚ÄĒ P. m√©taph. [En parlant d'une chose abstr.]¬†:
‚ÄĘ 4. ... j'ai lu les Chansons des Rues et des Bois (...). C'est de la chair vivante et ferme, qui bondit de la seule vigueur des muscles et palpite de la seule chaleur du sang.
L. VEUILLOT, Les Odeurs de Paris, 1866, p. 222.
2. [En parlant de l'Homme ou de l'animal ‚ÄĒ surtout p. oppos. √† la peau, √©l√©ment superficiel de la chair] Cette substance consid√©r√©e principalement dans sa r√©alit√© profonde.
a) [D'un point de vue interne] :
‚ÄĘ 5. Les serres convuls√©es, crisp√©es sur les reins et le poitrail de la fouine, travers√®rent la peau, les chairs, broyant sous leur √©treinte les poumons, le cŇďur, tous les visc√®res qui saign√®rent, se tritur√®rent comme une p√Ęte de chair vivante et fumante, ...
PERGAUD, De Goupil à Margot, 1910, p. 116.
SYNT. Chair vive (= profonde, sensible); enfoncer, entrer, p√©n√©trer dans la chair; mettre les chairs √† vif; tailler, trancher dans la chair vive. Sp√©c., anat. Chair carr√©e (de Sylvius). Muscle du pied, dit aussi ,,muscle accessoire du long fl√©chisseur commun des orteils`` (d'apr. M√©d. Biol. t. 1 1970). Masse charnue particuli√®re, plac√©e au-dessus du court fl√©chisseur commun, et venant comme lui du calcan√©um, mais allant s'ins√©rer au tendon du long fl√©chisseur commun (...) ce qu'on nomme la chair carr√©e (CUVIER, Le√ßons d'anat. comp., t. 1, 1805, p. 393). Tann. C√īt√© chair ou absol. la chair. C√īt√© oppos√© √† celui du poil. Peau brute (...) face externe (...) appel√©e le c√īt√© poil ou le c√īt√© fleur (...) face interne appel√©e c√īt√© chair (J. B√ČRARD, J. GOBILLIARD, Cuirs et peaux, 1947, p. 19).
‚ÄĒ Expr. En pleine chair. Profond√©ment. (P. m√©taph.). Roman taill√© en pleine chair vive (RENARD, Journal, 1893, p. 190). Entre cuir et chair. En dessous de la peau. Fr√©missements nerveux (...) propag√©s entre cuir et chair (R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, La Consultation, 1928, p. 1117). (Au fig.). Pester/rire entre cuir et chair (= sous cape). Ce rire entre cuir et chair qui d√©c√®le la certitude (HUGO, Les Mis√©rables, t. 1, 1862, p. 762).
b) [D'un point de vue externe, quant au volume surtout] Chair épanouie, plantureuse :
‚ÄĘ 6. Rose est une merveille de joie simple. La chair de Rose, je la retrouve, je ne la quitterai jamais. Si vous la voyiez, si ample, si drue, si pleine, cette chair qui affleure de toutes parts au monde par cette peau si douce, si vivante, si bien arros√©e et a√©r√©e.
DRIEU LA ROCHELLE, Rêveuse bourgeoisie, 1939, p. 252.
‚ÄĒ Expr. √ätre (bien) en chair. Avoir des formes pleines. Une grosse face bien en chair (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1856, p. 249).
Rem. On rencontre ds la docum. qq. var. de cette expr. : fort(e) en chair (MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 1, Une Partie de campagne, 1881, p. 373), mal en chair (ZOLA, La Terre, 1887, p. 324).
‚ÄĒ P. anal. L√† o√Ļ la chair de la terre se plie en bourrelets gras (GIONO, Colline, 1929, p. 9).
‚ÄĒ P. m√©ton., p√©j. Amas/masse (etc.) de chair. Personne aux formes tr√®s lourdes (et, parfois, √† l'esprit pesant). Le dos d'une largeur monstrueuse, le ventre comme un tonneau, (...) un gigantesque amas de chair, (...) un de ces pots-√†-tabac, √† face humaine (R. ROLLAND, Jean-Christophe, La R√©volte, 1907, p. 575).
3. [En parlant gén. de l'Homme] Cette substance considérée principalement dans sa réalité superficielle. (Quasi-)synon. peau.
a) [Du point de vue du grain, de la chaleur, etc.] Chair chaude, froide, lisse. Une fleur comme cette Renée, une si étrange fleur de volupté, à la chair de soie (ZOLA, La Curée, 1872, p. 475).
‚ÄĒ Expr. Chair de poule ou r√©action ans√©rine. Aspect h√©riss√© que prend l'√©piderme par √©rection des follicules pileux sous l'effet du froid, de la peur. Avoir / donner / faire venir la chair de poule¬†:
‚ÄĘ 7. Je vis la femme frissonnant de la t√™te aux pieds, la peau blanche et satin√©e de son cou devint rude¬†: elle avait, suivant un terme familier la chair de poule.
BALZAC, Gobseck, 1830, p. 395.
‚ÄĒ P. anal. Taupini√®res, la chair de poule des pr√©s (RENARD, Journal, 1896, p. 339). La nuit (...) √† chair tr√®s noire, √† grains serr√©s (MORAND, L'Homme press√©, 1941, p. 51).
Rem. Un auteur substitue chair √† peau dans l'expr. √† fleur de peau, ce qui prouve l'interchangeabilit√© des deux mots dans cette acceptation. Le frisson √† fleur de chair que donnent les √©motions trop violentes (ESTAUNI√Č, Un Simple, 1891, p. 137).
b) [Du point de vue de la couleur, de l'éclat] Chair meurtrie, rose, saine. Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants (BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, Correspondances, Paris, Gallimard, 1964 [1857-61], p. 11) :
‚ÄĘ 8. Du nu des bras, du nu des nuques, du nu des √©paules, du nu des seins jaillissant des corsages, du nu des dos qui faisaient deviner les reins, de tout ce nu s'irradiaient des rayons de chair blanche, de chair ros√©e, de chair rousse, de chair brune, et de toute cette peau √† l'air, une bu√©e parfum√©e s'√©levait.
J. P√ČLADAN, Le Vice supr√™me, 1884, p. 143.
‚ÄĒ Expr., vx. Avoir la chair fra√ģche. Avoir le teint frais. Fard√©e, mouchet√©e, musqu√©e, la chair fra√ģche encore sous tant d'appr√™ts (A. FRANCE, Les Dieux ont soif, 1912, p. 86).
‚ÄĒ Sp√©c., ARTS PLAST. (Aspect des) diverses parties du corps humain repr√©sent√©es nues (sous le rapport de la couleur ou m√™me du model√©)¬†:
‚ÄĘ 9. Rubens, la CHUTE DES R√ČPROUV√ČS, une avalanche, un √©croulement de corps qui s'enlacent, se d√©battent, roulent et se pr√©cipitent; toute la gamme de la chair √©tal√©e et irruante, depuis les chairs transperc√©es de bleu jusqu'aux chairs chauff√©es de bitume, depuis les chairs refl√©t√©es de la gloire de Dieu jusqu'aux chairs rougeoyantes des feux de l'enfer. Jamais un pinceau n'a plus furieusement roul√© et d√©roul√© des monceaux de chair. (...). Et au milieu de cela, des gorges aux tons les plus fins, des dessous de bras o√Ļ la lumi√®re s'endort dans des tons bleu√Ętres, des corps ray√©s par la lumi√®re comme des bronzes. C'est le soleil tomb√© en enfer, c'est la palette √©blouissante de la chair...
E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1860, p. 809.
‚ÄĒ P. anal. Le ciel (...) du bleu rose, du bleu lilas, du bleu jaune, une chair vivante, une vaste nudit√© immacul√©e (ZOLA, La Faute de l'Abb√© Mouret, 1875, p. 1324). La chair translucide et verte de la mer (VAN DER MEERSCH, L'Empreinte du dieu, 1936, p. 136).
‚ÄĒ Couleur (de) chair ou absol. chair (invar.). Couleur rouge p√Ęle, beige ros√©, blanc cass√© (d'apr√®s la race humaine dite blanche). Des bas de soie (...) de toutes nuances, les noirs √† jour, les rouges √† coins brod√©s, les chair (sic) dont le grain satin√© avait la douceur d'une peau de blonde (ZOLA, Au Bonheur des dames, 1883, p. 391). En sa robe de satin chair (...) comme dans une coquille, entre ces valves glac√©es de nacre rose (PROUST, Le C√īt√© de Guermantes 1, 1920, p. 36).
Rem. Chair donne lieu au mot compos√© rose-chair, nom de couleur invar. Ces couleurs de pivoines inconnues (...) une certaine rose-chair (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1889, p. 973). Vieilles tuiles rose-chair (E. TRIOLET, Le Premier accroc co√Ľte deux cents francs, 1945, p. 13).
B.‚ÄĒ [La chair en tant qu'obj. de consommation; l'emploi de la constr. chair √† est possible]
1. [La chair en tant qu'élément nutritif] :
‚ÄĘ 10. ... quel sentiment l'avait port√© √† manger de la chair humaine? La religion? Non, la faim. (...) surtout cette n√©cessit√© pour le carnivore de refaire sa chair et son sang par l'azote contenu dans les mati√®res animales. C'est bien de fournir au travail des poumons au moyen des plantes tub√©reuses et f√©culentes. Mais qui veut √™tre fort et actif doit absorber ces aliments plastiques qui r√©parent les muscles. Tant que les Maoris ne seront pas membres de la Soci√©t√© des L√©gumistes, ils mangeront de la viande, et, pour viande, de la chair humaine. (...) encore faudra-t-il des ann√©es pour que les Maoris se d√©shabituent de la chair z√©landaise qu'ils pr√©f√®rent √† toute autre, car les fils aimeront longtemps ce que leurs p√®res ont aim√©. √Ä les en croire, cette chair a le go√Ľt de la viande de porc, mais avec plus de fumet. Quant √† la chair blanche, ils en sont moins friands, parce que les blancs m√™lent du sel √† leurs aliments, ...
VERNE, Les Enfants du capitaine Grant, t. 3, 1868, pp. 62-63.
‚ÄĘ 11. Et voici que j'ai vu, par ces rouges √©clats,
...
... jetant leurs odeurs brutes et sensuelles,
Les viandes qui fumaient : chair de porc à foison,
Chair de bŇďuf, jars et paons r√ītis, et venaison;
Chair d'agneau, moutons gras qui grésillaient encore,
Et bons coqs que leur crête écarlate décore.
LECONTE DE LISLE, Poèmes barbares, Les Paraboles de dom Guy, 1878, p. 341.
SYNT. Chair bouillie, crue, cuite, dure, r√ītie, tendre. Sp√©c. Chair blanche. Chair peu color√©e de veau, volaille, etc. Chair noire. Chair fonc√©e du gibier. Chair rouge. Chair de bŇďuf, cheval, mouton. Chairs rouges, noires, et qu'on est convenu d'appeler chairs faites (BRILLAT-SAVARIN, Physiol. du go√Ľt, 1825, p. 67). Chair √† p√Ęt√©. Chair de porc ou de gibier coup√©e en menus morceaux. (P. compar.) Hacher menu comme chair √† p√Ęt√©. Toutes ses illusions mutil√©es, toutes ses esp√©rances hach√©es menu comme chair √† p√Ęt√© (SANDEAU, Sacs et parchemins, 1851, p. 30). Chair √† saucisse ou chair. Chair de porc hach√©e menu. Farces de chair √† saucisse (BOURGES, Le Cr√©puscule des dieux, 1884, p. 113); morceau, odeur de chair; d√©vorer, se nourrir de (la) chair.
Rem. 1. Selon BESCH. 1845, Lar. 19e, LITTR√Č et BAILLY (R.) 1946, la chair se diff√©rencie de la viande en ce qu'elle n'a subi aucune pr√©paration. Mais dans l'usage cour., les mots chair et viande semblent employ√©s indiff√©remment l'un pour l'autre. Chair para√ģt pourtant s'employer de pr√©f√©rence √† viande quand il s'agit de mets plus fins (volailles notamment). 2. Pour l'aspect relig. tr√®s g√©n. de la question, v. II B 1.
‚ÄĒ P. anal. Phrases [ayant] du jus et de la chair (FLAUBERT, Souvenirs, 1841, p. 70).
♦ Spéc., RELIG. CATH. [La chair du Christ, sous forme d'aliment eucharistique et/ou de nourriture spirituelle] Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (St Jean, VI, 54) :
‚ÄĘ 12. ... J√©sus est l√†, non point en image ou en symbole, mais dans son corps et dans sa chair, le Ma√ģtre est l√†, r√©ellement pr√©sent, qui les a reconnus et qu'ils ont reconnu. Il est l√†, dans l'hostie vivante, (...). C'est le Dieu vivant que Maxence adorera, c'est le Dieu de sa d√©livrance et de son amour, c'est le Dieu de son introduction dans la vie.
Maxence a le désir d'une nourriture substantielle. C'est ce pain qu'il demande.
PSICHARI, Le Voyage du centurion, 1914, p. 229.
2. P. méton., avec une valeur iron., péj.
a) [P. allus. au mythe de l'ogre qui d√©vore de la chair humaine, de la chair fra√ģche] Chair fra√ģche. Personne qui excite les app√©tits sensuels. La cabotine cynique (...) voulant se payer un peu de chair fra√ģche, de la Tour de Nesle en imitation, demandant des hommes (...) ogresse faisant le trottoir (E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1862, p. 1043). Renouvellement continuel de chair fra√ģche (...) la meilleure preuve qu'aucune des femmes que vous avez connues ne vous a satisfait parfaitement (MONTHERLANT, Le D√©mon du bien, 1937, p. 1336). Sentir la chair fra√ģche. √ätre sensible √† la pr√©sence physique de telle personne ou √™tre attir√© par quelque attrait. Voyant que la chair fra√ģche qu'il √©tait venu sentir n'√©tait pas d√©coup√©e (BALZAC, C√©sar Birotteau, 1837, p. 290). Marchand/ vendeur, etc., de chair fra√ģche/humaine. Prox√©n√®te, marchand d'esclaves. Suivre ces marchands de chair humaine dans leurs dangereuses exp√©ditions (DU CAMP, Le Nil, 1854, p. 132). Trafiquants de chair fra√ģche qui logeaient (...) derri√®re une lanterne rouge, des jardins de plaisir (MORAND, Londres, 1933, p. 107).
b) [Sans doute sur le mod√®le de chair √† p√Ęt√©/√† saucisse] Chair √† canon. Simple soldat que l'on expose sans scrupules √† la tuerie guerri√®re, √† la boucherie. Appeler les conscrits la mati√®re premi√®re et la chair √† canon (CHATEAUBRIAND, M√©langes pol., 1816-24, p. 22).
Rem. La constr. chair à donne lieu à des assoc. syntagm. très variées et expr. La foule dont ils vivent, chair à canon, chair à goupillon, chair à sentence, ou chair à dividende (CLEMENCEAU, L'Iniquité, 1899, p. 86).
3. P. ext. Partie comestible de certains végétaux (fruits, champignons, etc.) dont la contexture rappelle celle de la substance animale. Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures (RIMBAUD, Poésies, Le Bateau ivre, 1871, p. 128). Reines-claudes dont l'épiderme rosé, déjà fendu par la maturité, laissait voir les chairs juteuses et dorées (THEURIET, Le Mariage de Gérard, 1875, p. 60).
II.‚ÄĒ [Du point de vue de la nature et de la destination spirituelle et/ou morale]
A.‚ÄĒ [La chair en tant que manifestation de l'√™tre en g√©n.]
1. [La chair en tant que support de la vie humaine]
a) [Dans sa nature propre, oppos√©e √† celle de l'√Ęme, de l'esprit, du cŇďur]¬†:
‚ÄĘ 13. Il y a deux √©l√©ments dans la nature physique de l'homme comme dans sa nature morale. Le premier est un √©l√©ment de stabilit√© et de permanence¬†: on le nomme terre, mati√®re, chair, substance, forme (au sens concret). Et il y a un autre √©l√©ment fluide, subtil, mouvant, intelligent, p√©n√©trant, dynamique, et on le nomme suivant les diff√©rentes figures qu'il prend, eau, sang, souffle, esprit.
CLAUDEL, Un Poète regarde la Croix, 1938, p. 266.
‚ÄĘ 14. Une exposition de peinture. Le corps humain dans toute sa gloire, le corps humain rev√™tu de sa nudit√© comme d'un v√™tement royal, l'√Ęme rev√™tue de ce v√™tement royal que Dieu lui a fait et qui est la chair. Ah, que nous sommes sots avec nos id√©es malsaines sur la pudeur!
GREEN, Journal, 1950, p. 354.
‚ÄĒ P. anal.¬†:
‚ÄĘ 15. Qu'on regarde l'√©glise ou le bourg vu du parvis, il n'est pas une pierre qui n'ait gard√© son √Ęme et sa chair, je veux dire l'esprit de son √©poque et la pure qualit√© de la mati√®re, √† quoi les si√®cles ont ajout√© une patine qui arrondit les angles et assouplit les ornements.
T'SERSTEVENS, L'Itinéraire espagnol, 1933, p. 306.
b) [Dans son aspect temp.]
‚ÄĒ [En tant qu'√©l√©ment mortel] Chair morte, vivante¬†:
‚ÄĘ 16. Un furieux d√©sir de vivre, de tout revoir, de tout recommencer, de tout refaire, la souleva subitement. C'√©tait une r√©volte en face de la mort; l'impossibilit√© d'admettre qu'elle ne verrait pas le soir de ce matin qui naissait; l'impossibilit√© de comprendre comment cette beaut√©, ce corps, cette pens√©e active, cette vie luxuriante de sa chair allaient, en pleine ardeur, cesser d'√™tre, et pourrir.
, Aphrodite, 1896, p. 220.
‚ÄĒ [En tant que support ou facteur de la survie de la race ou de l'individu]¬†:
‚ÄĘ 17. Je crois √† la vie qui √©limine sans cesse les corps nuisibles, qui refait de la chair pour boucher les blessures, qui marche quand m√™me √† la sant√©, au renouvellement continu, parmi les impuret√©s et la mort.
ZOLA, Le Docteur Pascal, 1893, p. 98.
♦ Expr. [P. réf. plus ou moins nette aux textes bibliques]
P. allus. √† La Gen√®se, II, 21-24 ,,Alors Yahv√© Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit. Il prit une de ses c√ītes et referma la chair √† sa place. Puis, de la c√īte qu'il avait tir√©e de l'homme, Yahv√© Dieu fa√ßonna une femme et l'amena √† l'homme. Alors celui-ci s'√©cria¬†: ¬ę √Ä ce coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair! Celle-ci sera appel√©e femme car elle fut tir√©e de l'homme, celle-ci!¬†¬Ľ C'est pourquoi l'homme quitte son p√®re et sa m√®re et s'attache √† sa femme, et ils deviennent une seule chair.`` - Chair de ma chair ou une seule/m√™me chair. √ätre aim√© (notamment femme par rapport √† homme) ou couple en union √©troite (notamment √† travers sa descendance)¬†:
‚ÄĘ 18. L'√©pouse du chr√©tien n'est pas une simple mortelle; c'est un √™tre extraordinaire, myst√©rieux, ang√©lique; c'est la chair de la chair, le sang du sang de son √©poux. En s'unissant √† elle, l'homme ne fait que reprendre une partie de sa substance. Son √Ęme, ainsi que son corps, sont incomplets sans la femme¬†: il a la force; elle a la beaut√©; ...
CHATEAUBRIAND, Génie du Christianisme, t. 1, 1803, p. 78.
Rem. Ce genre d'expr. s'applique aussi, p. ext., dans la lang. litt√©r., √† une communaut√© dont les membres vivent en harmonie. La famille (...) rien qu'une volupt√© dans une seule chair (ROMAINS, La Vie unanime, 1908, p. 222). Une chair unique capable de se r√©jouir ensemble aux jours de f√™te (...) une ville (SAINT-EXUP√ČRY, Citadelle, 1944, p. 609).
Anc√™tres/parents/p√®re, etc., selon la chair (= naturels). D'un c√īt√©, ses anc√™tres selon l'esprit, de l'autre, les rois de Juda, ses anc√™tres selon la chair (PROUST, √Ä l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1918, p. 842).
Chair de ma/sa... chair. Enfant, parent√©. La r√©alit√© douloureuse de son enfant, cette chair vivante de sa chair (ZOLA, L'Ňíuvre, 1886, p. 289). Cf. aussi Les jardins, dont on peut dire sans blasph√®me qu'ils sont aussi la chair de notre chair (MAURIAC, Journal au temps de l'occupation, 1944, p. 309).
R√©surrection de la chair. ,,Retour des morts √† la vie, √† la fin des temps, par la r√©union de l'√Ęme immortelle √† un corps (...) transfigur√©, rendu spirituel par participation √† la gloire du Christ`` (Foi t. 1 1968)¬†:
‚ÄĘ 19. Dans le Credo, nous affirmons notre foi en la r√©surrection de la chair. La r√©surrection de la chair... Qui de nous y arr√™te sa pens√©e? Nous devrions tressaillir de joie, si cette foi √©tait en nous vivante. (...), lorsque Job, dont le corps est consum√©, qui n'a plus que la peau sur les os et les l√®vres autour de ses dents, s'√©crie¬†: ¬ę Je sais que mon R√©dempteur est vivant et qu'au dernier jour je ressusciterai de la terre, et que de nouveau je serai environn√© de ma peau, et que dans ma chair, je verrai mon Dieu...¬†¬Ľ, je connais des hommes que cette certitude inconcevable ne trouble pas, mais qu'elle emplit de lumi√®re¬†: ...
MAURIAC, Journal 1, 1934, pp. 27-28.
2. P. ext.
a) La nature humaine, la condition terrestre :
‚ÄĘ 20. ... son Ňďuvre [de Baudelaire], c'est la lutte √©ternelle entre la chair et l'esprit. Baudelaire, Verlaine, Sainte-Beuve ont expos√© qu'ils participaient de l'humanit√©, du p√©ch√© et qu'ils savaient ce qu'ils devraient √™tre. (...). Baudelaire n'a jamais, √† la Leconte de Lisle, √† la France (Les noces corinthiennes), glorifi√© la nature. Il a voulu s'√©chapper √† soi-m√™me, sortir de soi, se hausser. (...). C'est l√† l'explication du trouble, de l'inqui√©tude dont il est rempli¬†: il entrevoit la vraie vie; il lutte contre la chair et les pens√©es qui viennent de la chair. Sa vie est une crise.
BARR√ąS, Mes cahiers, t. 12, 1919, p. 8.
‚ÄĒ Expr. [P. r√©f. plus ou moins nette aux textes bibliques]
♦ La chair et le sang. L'homme dans sa condition naturelle. Glorifi[er] la chair et le sang; cette chair et ce sang mêmes qu'un Dieu a désiré revêtir (CLAUDEL, Le Soulier de satin, version pour la scène, 1944, 2e journée, 5, p. 735).
‚ô¶ Vivre dans la chair. Vivre ici-bas.
‚ÄĒ P. allus. aux textes n√©otestamentaires. Et le Verbe s'est fait chair et il a demeur√© parmi nous (St Jean, I, 14). Le Fils de Dieu a assum√© et sauv√© la nature humaine¬†:
‚ÄĘ 21. Je songe √† ces imaginations chr√©tiennes selon lesquelles le plus grand dessein de leur dieu (et ce fut aussi sa plus grande adresse) fut de se faire homme un jour. Le Verbe se fit chair, et Dieu se chargea des cha√ģnes et des mis√®res des hommes, se rabaissa √† leur mesure pour les mieux conna√ģtre et pour les mieux ¬ę sauver¬†¬Ľ. Comme si ce Dieu avait eu d√©go√Ľt de sa puret√© m√™me et de sa libert√©. Comme si, tout Dieu qu'il √©tait, il reconnaissait ses limites et qu'il ne lui servait de rien d'avoir cr√©√© la douleur des hommes s'il ne pleurait leurs larmes.
GU√ČHENNO, Journal d'une ¬ę R√©volution¬†¬Ľ, 1938, p. 147.
♦ P. anal. :
‚ÄĘ 22. Mais ces l√©gendes, ces images qui √©taient pour Olivier de belles fables, des sortes de paraboles, en lui se faisaient chair, devenaient r√©alit√©. Le conte de f√©es s'animait, palpitait autour de lui. Et la vision qu'encadrait la fen√™tre de la chambre, (...) le ciel p√Ęlissant o√Ļ mourait la lumi√®re, ‚ÄĒ tout ce monde ext√©rieur s'imprima brusquement en lui, comme un baiser.
R. ROLLAND, Jean-Christophe, Le Buisson ardent, 1911, p. 1308.
b) En partic. La nature humaine dans ses limites, ses imperfections. Les faiblesses de la chair :
‚ÄĘ 23. ... c'√©tait aussi le plus humain des Christ, un Christ √† la chair triste et faible, abandonn√© par le P√®re qui n'√©tait intervenu que lorsque aucune douleur nouvelle n'√©tait possible, le Christ assist√© seulement de sa M√®re qu'il avait d√Ľ, ainsi que tous ceux que l'on torture, appeler dans des cris d'enfant, de sa M√®re, impuissante alors et inutile. Par une derni√®re humilit√© sans doute, il avait support√© que la Passion ne d√©pass√Ęt point l'envergure permise aux sens; ...
HUYSMANS, Là-bas, t. 1, 1891, p. 17.
SYNT. Pauvre chair; cŇďur/yeux, etc. de chair¬†: Yeux de chair (...) Ňďil int√©rieur (...) qui rend d'autres services que de compter les marches des escaliers (COCTEAU, La Machine infernale, 1934, p. 40); cr√©ature/homme, etc. de chair¬†: L'orgueil des √©tats et des rois de chair obstin√©s (...) √† secouer la tutelle du pouvoir spirituel (...) pour aboutir fatalement (car les √Čtats ne tiennent pas par la mati√®re, mais par l'esprit) aux crises r√©volutionnaires (MARITAIN, Primaut√© du spirituel, 1927, p. 38).
‚ÄĒ Expr. [P. r√©f. plus ou moins nette aux textes bibliques] √ätre de chair/de chair et d'os. Avoir des forces limit√©es. Vivre, etc. selon la chair (= selon le si√®cle, les int√©r√™ts du monde). Go√Ľt des v√©rit√©s √©ternelles perdu (...) dans une vie frivole, mondaine et toute selon la chair (MAINE DE BIRAN, Journal, 1824, p. 277).
‚ÄĒ P. allus. aux textes n√©otestamentaires
♦ Vous, vous jugez selon la chair; moi je ne juge personne (St Jean, VIII, 15) (= selon votre entendement humain naturellement borné) :
‚ÄĘ 24. Tout ce que vous me reprochez est juste, mais d'un certain point de vue (...) celui des gens mari√©s. Les gens mari√©s ont √©t√© oblig√©s de ¬ę r√©aliser¬†¬Ľ, de prendre terre. Les gens mari√©s jugent selon la chair. (...). Pour les gens mari√©s, je ne suis plus sans doute qu'un gar√ßon paresseux qui se l√®ve tard et ne travaille pas beaucoup.
ALAIN-FOURNIER, Correspondance [avec J. Rivière], 1910, p. 195.
♦ L'esprit est prompt, mais la chair est faible (St Matthieu, XXVI, 41) :
‚ÄĘ 25. ... je suis le fils de la femme; ce sont ces m√©decins insensibles qui sont les hommes forts, pas moi. L'esprit est fort, et la chair est faible. Et pourtant, hier encore, est-ce que la chair elle-m√™me n'√©tait pas implacable? Moi aussi j'ai tu√© des √™tres pareils √† celui-ci, et ma chair n'a pas trembl√© pr√®s de leurs cadavres.
MONTHERLANT, Le Songe, 1922, p. 139.
‚ÄĒ Sp√©c. L'Homme sans le secours de la Gr√Ęce divine¬†:
‚ÄĘ 26. ... M. Olier, comme tous ceux de son √©cole, (...), se fait de la nature d√©chue l'id√©e la plus noire. Mais cette noirceur n'assombrit aucunement leur vie int√©rieure et la r√©jouit plut√īt. (...)? Ce d√©bris infect et sordide, ce vain et intol√©rable fardeau, le vieil Adam, l'¬ę homme naturel¬†¬Ľ, la ¬ę chair de p√©ch√©¬†¬Ľ, plus nous en serons d√©go√Ľt√©s et plus aussi nous aurons de joie √† nous en d√©pouiller pour faire place au nouvel Adam, √† l'esprit, √† la loi de gr√Ęce.
BREMOND, Hist. littér. du sentiment relig. en France, t. 4, 1920, p. 33.
c) Au sing. coll. Toute chair. L'ensemble des êtres vivants, la créature (p. oppos. à Dieu) :
‚ÄĘ 27. Ne formez qu'un soupir.
Qu'une plainte éternelle accuse la nature,
Et que la douleur donne à toute créature
Une voix pour gémir.
Du jour o√Ļ la nature, au n√©ant arrach√©e,
S'√©chappa de tes mains comme une Ňďuvre √©bauch√©e,
Qu'as-tu vu cependant?
Aux désordres du mal la matière asservie,
Toute chair gémissant, hélas! Et toute vie
Jalouse du néant.
LAMARTINE, Méditations, Le Désespoir, 1820, p. 98.
B.‚ÄĒ [La chair en tant qu'obj. de valorisation mor., relig.] G√©n. p√©j.
1. [En parlant de certains animaux dont la consommation est frapp√©e d'interdit] Sp√©c., RELIG. CATHOL., vx. Partie comestible des animaux autres que les animaux aquatiques (le poisson notamment) dont l'√Čglise interdisait la consommation les jours d'abstinence, le vendredi en particulier. S'abst[enir] de manger de la chair certains jours, et se croi[re] par-l√† dispens√©s de toutes les vertus (DUPUIS, Abr. de l'orig. de tous les cultes, 1796, p. 550).
‚ÄĒ P. allus. aux commandements de l'√Čglise. Vendredi chair ne mangeras Ni jours d√©fendus m√™mement (Anc. Cat√©chismes des dioc√®ses de France). Ce commandement de l'√Čglise¬†:¬ę Vendredi chair ne mangeras, ni autre chose pareillement¬†¬Ľ (MURGER, Sc√®nes de la vie de boh√®me, 1851, p. 46).
Rem. L'oppos. entre chair d'animaux non aquatiques et chair de poisson est très ancienne. Elle correspond sans doute à la distinction entre animaux à sang chaud et animaux à sang froid. Primitivement, la prohibition portait essentiellement sur le sang, assimilé à la vie : ,,Vous ne mangerez du sang d'aucune chair car la vie de toute chair, c'est son sang, et quiconque en mangera sera supprimé`` (Le Lévitique, XVII, 14).
‚ÄĒ P. m√©taph. Ni chair ni poisson. Sans caract√®re d√©termin√©, d'une nature ambivalente. Ni chair ni poisson¬†: un savant ou demi-savant qui (...) rab√Ęche de tout, et qui ne sait pas une seule chose √† fond (SAINTE-BEUVE, Pens√©es et maximes, 1869, p. 99).
2. [En parlant de l'homme]
a) Vieilli. Les sens. Mortifier sa chair :
‚ÄĘ 28. Les ennemis de l'esprit sont d'opinion que la partie saine, bonne, innocente, inoffensive de l'homme, c'est la chair. La chair n'a d'elle-m√™me aucun mauvais instinct, aucune tendance perverse. Se nourrir, se reproduire, se reposer, ce sont l√† ses fonctions¬†: Dieu les lui a donn√©es et les lui rappelle sans cesse par les app√©tits. (...). Ce qui la corrompt, c'est l'esprit. (...). L'esprit est le p√®re de la sottise, de l'hypocrisie, des exag√©rations dans tous les sens, et partant, des abus et des exc√®s que l'on a coutume de reprocher √† la chair, excellente personne, facile √† entra√ģner √† cause de son innocence m√™me; et c'est pourquoi les hommes vraiment religieux et vraiment √©clair√©s doivent d√©fendre cette pauvre enfant en bannissant vivement les s√©ductions de l'esprit.
GOBINEAU, Nouvelles asiatiques, La Danseuse de Shamakha, 1876, pp. 16-17.
‚ÄĘ 29. Nul plus que moi n'est oppos√© √† ceux qui ont pr√™ch√© la r√©habilitation de la chair, et je crois pourtant que le christianisme a eu tort de pr√™cher la lutte, la r√©volte des sens, la mortification. Cela a pu √™tre bon pour l'√©ducation de l'humanit√©, mais il y a quelque chose de plus parfait encore. C'est qu'on ne pense plus √† la chair, c'est qu'on vive si √©nergiquement de la vie de l'esprit que ces tentations des hommes grossiers n'aient plus de sens. (...). Aux yeux d'hommes grossiers, un homme qui je√Ľne, qui se flagelle, qui est chaste, qui passe sa vie sur une colonne, est l'id√©al de la vertu. (...). Mais pour nous, un tel homme n'est pas vertueux¬†: car, ces jouissances de la bouche et des sens n'√©tant rien pour nous, nous ne trouvons pas qu'il ait de m√©rite √† s'en priver.
RENAN, L'Avenir de la sc., 1890, p. 403.
b) L'instinct sexuel, l'amour physique. La chair est triste, h√©las! et j'ai lu tous les livres (MALLARM√Č, Po√©sies, Brise marine, 1898, p. 38)¬†:
‚ÄĘ 30. ... la femme, devenue la grande tentatrice, le pi√®ge du diable, a inspir√© des d√©sirs et des adorations d'autant plus ardentes et a tenu une bien autre place dans le monde. La mal√©diction jet√©e √† la chair a dramatis√© l'amour. Il y a eu des passions nouvelles¬†: la haine paradoxale de la nature, l'amour de Dieu, la foi, la contrition. √Ä c√īt√© de la d√©bauche exasp√©r√©e par la terreur m√™me de l'enfer, il y a eu la puret√©, la chastet√© chevaleresques; ...
LEMAITRE, Les Contemporains, 1885, p. 159.
‚ÄĘ 31. L'amour, dans Ph√®dre exasp√©r√©, n'est point du tout celui qui est si tendre en B√©r√©nice. Seule, ici, la chair r√®gne. Cette voix souveraine appelle imp√©rieusement la possession du corps aim√© et ne vise qu'un but¬†: l'extr√™me accord des jouissances harmoniques. Les images les plus intenses sont alors ma√ģtresses d'une vie, d√©chirent ses jours et ses nuits, ses devoirs et ses mensonges. La puissance de l'ardeur voluptueuse renaissante sans cesse et non assouvie agit √† l'√©gal d'une l√©sion.
VAL√ČRY, Vari√©t√© V, 1944, p. 186.
‚ÄĘ 32. Bien qu'ayant √©t√©, sans aucun doute, une jeune mari√©e heureuse, √† peine distinguait-elle le vice de la sexualit√©¬†: elle associa toujours √©troitement l'id√©e de chair √† celle de p√©ch√©. Comme l'usage l'obligeait √† excuser chez les hommes certaines incartades, elle concentra sur les femmes sa s√©v√©rit√©; entre les ¬ę honn√™tes femmes¬†¬Ľ et les ¬ę noceuses¬†¬Ľ, elle ne concevait gu√®re d'interm√©diaire. Les questions ¬ę physiques¬†¬Ľ lui r√©pugnaient tant que jamais elle ne les aborda avec moi; ...
S. DE BEAUVOIR, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958, p. 41.
SYNT. L'acte de chair¬†: La mortelle d√©pression nerveuse qu'on √©prouve apr√®s avoir consomm√© l'acte de chair avec quelqu'un qui ne vous fait pas envie (MONTHERLANT, Les Jeunes filles, 1936, p. 1013); l'aiguillon de la chair¬†: Les impulsions du vice (...) l'aiguillon de la chair (MONTALEMBERT, Hist. de Ste √Člisabeth de Hongrie, 1836, p. 283); le d√©mon/le p√©ch√© de la chair¬†: Pleins de vertus familiales (...) ceux pour qui le p√©ch√© de la chair est le plus honteux de tous (R. ROLLAND, Jean-Christophe, L'Adolescent, 1905, p. 337); les choses de la chair¬†:
‚ÄĘ 33. Ne m√™le pas l'esprit aux choses de la chair.
Sache, aux moments secrets o√Ļ le corps est en f√™te,
Redescendre à l'obscur délire de la bête.
Tumultueux et sourd et fort comme la mer,
Laisse gronder tes sens en orgues de tempête,
Et que sous l'onde en feu de tes baisers halète
L'orgueilleuse impudeur de la beauté parfaite.
Ch. GU√ČRIN, Le CŇďur solitaire, M√©lancolies √† Viollis, 1898, p. 100.
‚ÄĒ P. allus. aux commandements de l'√Čglise. L'Ňďuvre de chair ne d√©sireras / qu'en mariage seulement (Anc. Cat√©chismes des dioc√®ses de France; cf. aussi MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, La Confession de Th√©odule Sabot, 1883, p. 43).
c) En partic. Ce qui, dans le corps humain ou dans le physique de tel individu, est spécialement enclin ou propice au plaisir amoureux. Chair nue, chair de femme :
‚ÄĘ 34. Et le corps masculin? Germaine s'interroge. Exerce-t-il, sur elle du moins, un pouvoir analogue? Elle en aime la fermet√© des chairs, les lignes d√©cid√©es. Dans l'√©treinte, il lui est agr√©able de sentir la vigueur des muscles qui la pressent. Mais tout cela reste une impression d'ensemble, et assez paisible. Les diverses r√©gions de ce corps ne lui semblent ni belles ni √©mouvantes par elles-m√™mes. Il n'y a gu√®re dans la conformation virile qu'un d√©tail qui la captive singuli√®rement, ...
ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté, Le 6 octobre, 1932, p. 120.
‚ÄĘ 35. ... la victoire alors a le corps de nos femmes sous la pluie de l'amour. Voici la chair heureuse, luisante et chaude, grappe de septembre o√Ļ le frelon gr√©sille. Sur l'aire du ventre s'abattent les moissons de la vigne. Les vendanges flambent au sommet des seins ivres. √Ē mon amour, le d√©sir cr√®ve comme un fruit m√Ľr, la gloire des corps ruisselle enfin.
CAMUS, L'√Čtat de si√®ge, 1948, p. 285.
Rem. g√©n. Chair comme charnel/le, draine de nombreuses r√©miniscences bibliques, notamment dans son accept. Il et jusque dans ses emplois les plus mod. L'influence consid√©rable de la th√©ol. cathol. sur ces mots s'explique par leur rattachement aux conceptions les plus fondamentales de la pens√©e humaine et leur rapp. synon. ou anton. avec d'autres termes du vocab. de base, ayant √©galement une port√©e id√©ol., relig. ‚ÄĒ comme mati√®re/mat√©riel, esprit/spirituel, etc.
Prononc. et Orth.¬†:[]. Ds Ac. 1694-1932. Homon. chaire, cheire, cher, ch√®re. √Čtymol. et Hist. 1. a) Mil. XIe s. ¬ę ensemble des muscles du corps humain¬†¬Ľ (Alexis, √©d. Paris et Pannier, 24a); ca 1100 hume de car ¬ę homme vivant, √™tre humain¬†¬Ľ (Roland, √©d. B√©dier, 2141); b) ca 1100 p. m√©ton. ¬ę corps humain (oppos√© √† l'√Ęme)¬†¬Ľ (Ibid., 2942); d'o√Ļ c) fin XIIe s. ¬ę nature humaine (et peccamineuse)¬†¬Ľ (Sermons St Bernard, 114, 25 ds T.-L.); d) ca 1165 estre de la char(de) ¬ę √™tre fils de¬†¬Ľ (G. D'ARRAS, Eracles, 2932, ibid.); 2. mil. XIe s. ¬ę ensemble des muscles du corps des animaux, consid√©r√© comme aliment¬†¬Ľ (Alexis, √©d. Paris et Pannier, 45e). Du lat. class. caro, carnis ¬ę chair¬†¬Ľ attest√© notamment en opposition avec animus d√®s S√©n√®que (ds TLL s.v., 484, 52) et tr√®s fr√©quemment en lat. chr√©t. (cf. Tertullien, ibid., 485, 20) o√Ļ il est notamment attest√© √† l'emploi 1 c (Vulgate, Rom. 8, 1). D'apr. GILLI√ČRON (Pathologie et th√©rapeutique verbales, Paris, 1921, p. 1 et sqq.) la collision homon. chair [] (succ√©dant √† char en m. fr. par suite de l'h√©sitation entre prononc. ar ou er devant consonne) et ch√®re (< b. lat. cara) dans faire bonne ch√®re avait entra√ģn√© la rar√©faction d'emploi au sens 2 en fr. mod., le mot √©tant supplant√© par viande. Fr√©q. abs. litt√©r.¬†:6 950. Fr√©q. rel. litt√©r.¬†:XIXe s.¬†: a) 4 853, b) 10 455; XXe s.¬†: a) 14 842, b) 10 886. Bbg. GOTTSCH. Redens. 1930, p. 104, 173, 189, 385. ‚ÄĒ GOUG. Mots t. 2, 1966, p. 122. ‚ÄĒ GREIVE (A.). Die Lexikalische Differenzierung des Begriffes Fleisch im Franz√∂sischen. Arch. St. n. Spr. 1968, t. 204, n¬į 6, pp. 426-429. ‚ÄĒ ROG. 1965. p. 29, 30, 121. ‚ÄĒ ROQUES (M.). Romania 1954, t. 75, p. 136.

chair [ʃɛʀ] n. f.
√ČTYM. XVe; car, 1080, Chanson de Roland; charn, char, XIIe; du lat. caro, √† l'accusatif, carnem (oppos√© √† animus). ‚Üí Carnage, carnassier, carnation, carne, carnivore, charnel; acharner.
‚ĚĖ
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
I
1 Substance molle du corps de l'homme ou d'animaux (mammifères, oiseaux…), et particulièrement, tissu musculaire. || La chair et les os. || Os dépouillés de chair. ⇒ Décharné. || La chair et la peau. || La chair et le sang. || Chair rouge. || Fibres de la chair. || Tissu pulmonaire prenant l'aspect de la chair (⇒ Carnification). || Lésion des chairs : blessure, plaie. || Lambeaux de chair. || Excroissance de chair (⇒ Caroncule). || Enflure morbide des chairs : bouffissure, intumescence, tuméfaction. || Chairs baveuses, sanguinolentes, spongieuses, gangrenées, mortes (⇒ Gangrène, mortification, sarcome, tumeur). || Dégénérescence et régénération des chairs. || De la chair. ⇒ Sarco-.
1 Les pi√®ces du squelette sont incapables de se d√©placer par elles-m√™mes, mais la chair rouge qui les recouvre ‚ÄĒ et qui constitue les muscles ou tissu musculaire ‚ÄĒ poss√®de la propri√©t√© sp√©ciale de se contracter (‚Ķ) et d'entra√ģner avec elle les os sur lesquels elle est fix√©e (‚Ķ) L'estomac, l'intestin et les autres visc√®res abdominaux sont form√©s d'une chair beaucoup plus p√Ęle que les muscles rouges et constitu√©e par une autre esp√®ce de fibres musculaires que l'on qualifie de fibres lisses¬†(‚Ķ)
A. Pizon, Anatomie et Physiologie humaines, p. 68 et 71.
2 Et l'homme dit¬†: ¬ę Celle-ci cette fois est os de mes os et chair de ma chair¬†! Celle-ci sera appel√©e femme, parce qu'elle a √©t√© prise de l'homme. ¬Ľ
Bible (Crampon), Genèse, II, 23.
3 Ce peu que sur leurs os (des vieilles) les ans laissent de chair.
Moli√®re, l'√Čtourdi, V,¬†9.
4 Il (le jeune coq) a la voix perçante et rude,
Sur la tête un morceau de chair.
La Fontaine, Fables, VI, 5.
5 Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange
D'os et de chair meurtris, et tra√ģn√©s dans la fange,
Des lambeaux pleins de sang, et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
Racine, Athalie, II, 5.
6 Et cependant du sang de la chair immolée
Les prêtres arrosaient l'autel et l'assemblée.
Racine, Athalie, II, 2.
6.1 Eh ! qu'importe à sa main toujours créatrice que cette masse de chair conformant aujourd'hui un individu bipède se reproduise demain sous la forme de mille insectes différents ?
Sade, Justine…, t. I, p. 845.
7 Pas de cadavre sous la tombe,
Spectre hideux de l'être cher,
Comme d'un vêtement qui tombe
Se déshabillant de sa chair.
Th.¬†Gautier, √Čmaux et Cam√©es, ¬ę B√Ľchers et Tombeaux ¬Ľ.
8 (Pour les anachorètes) la chair ne saurait recevoir de plus glorieuses parures que les ulcères et les plaies.
France, Tha√Įs, I, Le lotus, p.¬†4.
9 Dans cette société israélite du temps des Rois, menacée des pires maladies spirituelles, les Prophètes vont entrer comme le bistouri dans une chair.
Daniel-Rops, le Peuple de la Bible, III, II, p. 222.
‚ô¶ Vx ou litt√©r. Viande. || Manger la chair des animaux (‚Üí ci-dessous, III.,¬†1.). ‚ÄĒ Techn. (tannerie). || C√īt√© cuir et c√īt√© chair d'une peau.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. Chair vive, saine, sensible. || Tailler, trancher dans la chair vive. ‚Üí Amputer (cit.¬†5), charcuter (fam.). ‚ÄĒ ‚ėĎ En pleine chair, profond√©ment; au fig., en plein cŇďur.
10 Un sursaut presque animal avait mis à la bouche du jeune homme, atteint en pleine chair, les mots qui devaient faire le plus de mal (…)
Paul Bourget, Un divorce, III, p. 94.
11 Entre le chirurgien qui, toutes ses facultés requises, tranche à même la chair vive, et le parlementaire éloquent qui plaide pour son programme, il n'y a que peu de rapports.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, VIII, XX, p. 509.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. Entre cuir (peau) et chair¬†: sous la peau. || Les chiques p√©n√®trent entre cuir et chair.
12 (…) la peau semblait par instant onduler, comme si des frémissements nerveux se fussent propagés entre cuir et chair.
Martin du Gard, les Thibault, t. III, p. 208.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. En chair et en os¬†: en personne. ‚ÄĒ ‚ėĎ Vx. En chair et en √Ęme.
13 Jacques, lui aussi, souriait, envahi soudain par une de ces vagues de tendresse fraternelle qui le soulevaient, malgré tout, chaque fois qu'il retrouvait Antoine, en chair et en os (…)
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 166.
13.1 Un homme (…). Car je ne suis pas une pensée, un rêve, une luciole fugitive, je suis en chair et en os. D'abord en chair et en os.
Drieu La Rochelle, la Comédie de Charleroi, p. 189.
13.2 (‚Ķ)¬†c'√©tait la premi√®re fois que je le voyais (Charles Boyer) en chair et en os. J'√©tais heureux et fier qu'il me parl√Ęt, qu'il s√Ľt qui j'√©tais, qu'il me donn√Ęt, √† moi, un peu de ce charme et de ce prestige qui se d√©gagent de sa voix, de son regard.
Claude Mauriac, le Temps immobile, p. 442.
‚ô¶ ‚ėĎ Fig. Anciennt. Marchand de chair humaine¬†: marchand d'esclaves. ‚ėĎ Chair √† canon. ‚áí Canon (cit.¬†8.1 et supra).
14 Est-ce vraiment Napol√©on qui aurait l√Ęch√© l'affreuse expression de ¬ę chair √† canon ¬Ľ, comme l'en accusait Chateaubriand¬†?
Brunot, Hist. de la langue franç., t. IX, p. 965.
15 Elle (la guerre) ne fait qu'accro√ģtre la condition mis√©rable du travailleur¬†! Chair √† canon, pendant la guerre; esclave plus durement asservi, apr√®s¬†: voil√† son lot¬†!
Martin du Gard, les Thibault, t. VII, p. 166.
‚ô¶ ‚ėĎ √ätre en chair, bien en chair [bj…õŐÉn…ĎŐÉ É…õ Ä] ¬†: avoir de l'embonpoint, avoir la chair ferme.
16 C'est une femme vraiment à point. Grande, bien en chair, sans excès.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, VII, III, p. 25.
♦ C'est une masse, une grosse masse de chair, en parlant d'un animal, d'une personne très grosse. || Bourrelets de chair.
17 (…) et l'on m'a assuré qu'elle portait d'ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair (…)
Scarron, le Roman comique, VIII.
2 (XIIe). √Čtat ext√©rieur du corps humain; aspect de la peau. ‚áí Forme, peau. || La chair de qqn, sa chair. || Une chair avachie, bouffie, gonfl√©e, grasse; chair molle, flasque. || Chair abondante, arrondie, plantureuse, rebondie. || Chair √©panouie, florissante, saine. || Chair ferme, √©lastique, douce, fra√ģche, lisse, tendre. || Chair √©clatante, nacr√©e, satin√©e, blanche, p√Ęle, rose, dor√©e‚Ķ ‚áí Carnation. || ¬ę Ce doux nuage souple de chair √©mue ¬Ľ (‚Üí Verni, cit.¬†1, Giono). || D√©voiler, laisser voir la chair¬†: d√©nuder.
18 Chair de la femme¬†! argile id√©ale¬†! √ī merveille¬†!‚Ķ
Hugo, la L√©gende des si√®cles, ¬ę Sacre de la femme ¬Ľ, 4. ‚Üí Argile, cit. 6.
19 La femme nue, ayant les hanches découvertes,
Chair qui tente l'esprit, rit sous les feuilles vertes (…)
Hugo, les Contemplations, VI, ¬ę Au bord de l'infini ¬Ľ, XVII.
20 Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants (…)
Baudelaire, Les Fleurs du mal, IV, Correspondances. → Parfum, cit. 1.
21 (Des beautés). Fruits purs de tout outrage et vierges de gerçures,
Dont la chair lisse et ferme appelait les morsures !
Baudelaire, les Fleurs du mal, Spleen et id√©al, V, ¬ę Correspondances ¬Ľ.
22 De l'épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l'étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.
D'o√Ļ te vient cette robe √©trange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?
Th.¬†Gautier, √Čmaux et Cam√©es, ¬ę √Ä une robe rose ¬Ľ.
23 (Tiburce) prenait plaisir à ces formes rebondies, à ces chairs satinées, à ces carnations épanouies comme des bouquets de fleurs, à toute cette santé luxurieuse que le peintre d'Anvers (Rubens) fait circuler sous la peau de ses figures en réseaux d'azur et de vermillon.
Th.¬†Gautier, Fortunio, ¬ę La toison d'or ¬Ľ, I.
24 Comme Rubens, ils se sont complu à peindre la chair florissante et saine, la riche et frémissante palpitation de la vie, la pulpe sanguine et sensible qui s'épanouit opulemment à la surface de l'être animé (…)
Taine, Philosophie de l'art, t. I, I, I, I, p. 4.
25 Au physique, nous trouvons (aux Pays-Bas) une chair plus blanche et plus molle (…)
Taine, Philosophie de l'art, t. I, III, I, II, p. 227.
26 Et la femme, la ma√ģtresse¬†!‚Ķ Ce qu'il y avait dans cette chair √† plaisir, ce qu'on tirait de cette pierre √† feu, de ce clavier o√Ļ ne manquait pas une note (‚Ķ) Toute la lyre¬†!‚Ķ
Alphonse Daudet, Sapho, III, p. 15.
27 (‚Ķ)¬†une de ces faces blanches, douces, dont la chair a l'air d'une p√Ęte faite avec du lait.
Maupassant, la Vie errante, éd. Conard, p. 170.
28 Entre ses bas noirs et sa chemise brillait un cercle de chair éclatante.
France, l'Anneau d'améthyste, XV, p. 197.
29 Madame de Bonmont, les roses de sa chair avivées par la course (…)
France, l'Anneau d'améthyste, III, p. 56.
30 Je ne pouvais détacher mes yeux de sa chair de magnolia (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. X, p. 28.
31 Un fruit de chair se baigne en quelque jeune vasque (…)
Val√©ry, Po√©sies, ¬ę Baign√©e ¬Ľ, p.¬†23.
32 Mais soudain ce regard glissa jusqu'√† la saillie de l'√©paule, dont la chair nue, fra√ģche et grasse, palpitait sous les mailles de la dentelle comme un animal pris dans un filet¬†(‚Ķ)
Martin du Gard, les Thibault, t. I, p. 47.
♦ Peint. (Au plur.). Parties nues des personnages (→ ci-dessus cit. 23). || Les chairs sont bien rendues (dans un tableau). || Mollesse et délicatesse des chairs. ⇒ Morbidesse.
3 ‚ėĎ Loc. Chair de poule. || Avoir la chair de poule¬†: avoir la peau qui se h√©risse (sous l'effet du froid, de la frayeur‚Ķ) par l'√©rection des follicules pileux (r√©flexe pilomoteur). ‚áí Ans√©rin (r√©action ans√©rine). Fig. ‚Üí ci-dessous, cit. 34. ‚ÄĒ Donner la chair de poule √† qqn, exciter sa frayeur, son horreur. ‚áí Frisson, frisonnement, horripilation. Fig. ‚Üí ci-dessous, cit. 34.1.
33 (…) tout un affreux micmac jurisprudentiel à donner la chair de poule.
Courteline, Messieurs les ronds-de-cuir, 5e tableau, I, p. 170.
34 (…) dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule…
J.¬†Renard, Histoires naturelles, ¬ę Le chasseur d'images ¬Ľ.
34.1 J'ai pass√© l'√Ęge de rougir, pas celui de me troubler, tant mieux. Le genou de Narcisse me donne toujours la chair de poule.
J.-L. Bory, Ma moitié d'orange, p. 43.
34.2 Lalla regarde les enfants, les femmes, les hommes autour d'elle; ils ont l'air triste et apeuré, ils ont des figures jaunes, bouffies par la fatigue, les jambes et les bras martelés par la chair de poule.
J.-M. G. Le Clézio, Désert, p. 244.
4 Couleur de chair ou (1875, Zola) couleur chair, de la couleur rose de la peau dans la race dite ¬ę blanche ¬Ľ. || Des sous-v√™tements, des bas, des chaussettes couleur chair. || Une teinte rose chair.
‚ě™ tableau D√©signations de couleurs.
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
II Fig. || La chair.
1 Relig. La nature humaine (‚áí Cr√©ature), oppos√©e √† la nature divine; le corps, oppos√© √† l'esprit, √† l'√Ęme, au cŇďur‚Ķ || Le Verbe s'est fait chair (√Čvangile selon saint Jean, I,¬†14). ‚áí Incarnation. || Un √™tre de chair et de sang. || La r√©surrection de la chair. ‚ÄĒ La chair de qqn, sa nature physique (‚áí Charnel). || Souffrir dans sa chair.
35 Et Yahweh dit¬†: ¬ę Mon esprit ne demeurera pas toujours dans l'homme car l'homme n'est que chair¬†(‚Ķ) ¬Ľ
Bible (Crampon), Genèse, VI, 3.
36 Et Dieu dit encore √† No√©¬†: ¬ę Tel est le signe de l'alliance que j'ai √©tablie entre moi et toute chair qui est sur la terre. ¬Ľ
Bible (Crampon), Genèse, IX, 17.
37 C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien.
Bible (Crampon), √Čvangile selon saint Jean, VI,¬†63.
38 Aimer, c'est savourer, aux bras d'un être cher,
La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair (…)
Hugo, la Légende des siècles, XXXVI, 22.
39 (‚Ķ)¬†ce n'est pas la chair qui est le r√©el, c'est l'√Ęme. La chair est cendre, l'√Ęme est flamme.
Hugo, l'Homme qui rit, II, IX, II.
40 Pour croire à la résurrection de la chair, peut-être faut-il avoir vaincu la chair.
F.¬†Mauriac, le NŇďud de vip√®res, p.¬†134.
‚ô¶ Ne faire qu'une seule chair. || Parents selon la chair, parents biologiques. ‚ÄĒ ‚ėĎ Loc. C'est la chair de sa chair, son enfant.
41 C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.
Bible (Crampon), Genèse, II, 24.
42 À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni !
Bible (Crampon), √Čvangile selon saint Matthieu, XIX,¬†5-6.
43 Pour elle, de son c√īt√©, il √©tait de nouveau l'enfant qu'elle avait port√© dans son sein, la chair de sa chair¬†(‚Ķ)
Paul Bourget, Un divorce, VI, p. 205.
2 (Relig., littér. ou style soutenu). Les instincts, les besoins du corps; les sens. || L'assujettissement de l'esprit à la chair. || Mortifier, affliger, crucifier sa chair (⇒ Ascétisme, mortification). || La faiblesse de la chair. || Calmer sa chair. || Assouvissement de la chair.
‚ô¶ Sp√©cialt. L'instinct sexuel. ‚áí Concupiscence, luxure, sensualit√©. || L'aiguillon, le d√©mon, l'appel de la chair. ‚áí Tentation. || Concupiscence de la chair. ‚Üí P√©ch√©, cit.¬†11. || Se livrer aux plaisirs de la chair. ‚áí Libidineux. || Alanguissement de la chair. ‚ÄĒ (Relig.). || Ňíuvre de chair, p√©ch√© de la chair. ‚áí Fornication (cit.¬†1).
44 Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible.
Bible (Crampon), √Čvangile selon saint-Mathieu, XXVI,¬†41.
45 Oui, par ses désirs la chair va contre l'esprit (…)
Bible, √Čp√ģtre aux Galates, V,¬†17.
46 (Jésus) les avertit (ses amis) que l'esprit est prompt et la chair infirme.
Pascal, Pensées, VII, 553.
47 Ceux qui croient que le bien de l'homme est en la chair, et le mal en ce qui le d√©tourne des plaisirs des sens, qu'il s'en sao√Ľle et qu'il y meure (sic).
Pascal, Pensées, X, 692.
48 Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés ?
Honteux attachements de la chair et du monde,
Que ne me quittez-vous, quand je vous ai quittés ?
Corneille, Polyeucte, IV, 2.
49 On sait que la chair est fragile quelquefois,
Et qu'une fille enfin n'est ni caillou, ni bois.
Molière, le Dépit amoureux, III, 9.
50 (Vous) considérez, en regardant votre air,
Que l'on n'est pas aveugle et qu'un homme est de chair.
Molière, Tartuffe, III, 3.
51 Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression ?
Molière, Tartuffe, III, 2.
52 (‚Ķ)¬†des nŇďuds de chair, des cha√ģnes corporelles¬†(‚Ķ)
Molière, les Femmes savantes, IV, 2.
53 Si la chair et le sang, se troublant aujourd'hui,
Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui (…)
Racine, Athalie, I, 2.
54 Plus d'une fois ma chair s'était émue au passage d'une forme de femme.
Hugo, Notre-Dame de Paris, II, VIII, 4.
55 La chair a ses volont√©s, ses instincts, ses convoitises, ses pr√©tentions au bien-√™tre; c'est une sorte de personne inf√©rieure qui tire de son c√īt√©, fait ses affaires dans son coin¬†(‚Ķ)
Hugo, Post-Scriptum de ma vie, I, III, V, p. 28.
56 (‚Ķ)¬†le cŇďur plein des f√©licit√©s de la nuit, l'esprit tranquille, la chair contente, il (Charles) s'en allait ruminant son bonheur, comme ceux qui m√Ęchent encore, apr√®s le d√ģner, le go√Ľt des truffes qu'ils dig√®rent.
Flaubert, Mme Bovary, I, V, p. 27.
57 (…) elle revint à elle, brisée de joie, la chair heureuse et lasse (…)
France, le Lys rouge, XXI.
58 (…) l'éveil ardent de son imagination et le travail mystérieux de sa chair la jetaient dans un trouble mêlé de désirs et de craintes.
France, le Lys rouge, I.
59 La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Mallarm√©, Vers et prose, ¬ę Brise marine ¬Ľ.
60 Le Christianisme ne fait pas sa part à la chair; il la supprime.
F. Mauriac, Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 23.
61 Une chair qui s'assouvit accompagne toujours un esprit incapable d'adhérer au surnaturel.
F. Mauriac, Souffrances et Bonheur du chrétien, p. 56.
62 (‚Ķ)¬†de m√©diocres aventures o√Ļ la chair seule est int√©ress√©e.
F. Mauriac, la Pharisienne, XIII.
63 (…) j'ai (…) horreur du péché et celui de la chair demeure, à mes yeux de tous le plus coupable.
A. Maurois, Terre promise, XXXVII, p. 248.
‚ÄĒ‚ÄĒ‚ÄĒ
III
1 Vx ou litt√©r. Partie molle, comestible de certains animaux. ‚áí Viande (II.,¬†1.); fam. barbaque, bidoche, 2. carne. || Chair crue, cuite, fra√ģche. ‚ÄĒ √áa sent la chair fra√ģche, dit l'ogre au Petit Poucet. ‚ÄĒ Chair sal√©e. || Chair tendre comme de la ros√©e. || Manger de la chair. ‚áí Carnivore; cr√©ophage, omophage. ‚ÄĒ Mangeur de chair humaine. ‚áí Anthropophage, cannibale.
64 La viande est la chair préparée dans la boucherie ou dans la cuisine pour la nourriture de l'homme ou des animaux. La chair n'a subi aucune préparation et est l'animal lui-même tel qu'il est après avoir été tué. Les animaux carnivores se nourrissent de chair; l'homme mange de la viande.
Littré, Dict., art. Chair.
2 Relig. Aliment gras; viande des mammif√®res et des oiseaux (sauf, parfois les oiseaux aquatiques) par opposition au poisson, aliment maigre. ‚ÄĒ ‚ėĎ Relig. (dans les ¬ę commandements ¬Ľ). Vendredi chair ne mangeras¬†: tu ne mangeras pas de viande le vendredi.
‚ô¶ ‚ėĎ Loc. fig. N'√™tre ni chair ni poisson¬†: √™tre sans caract√®re, ind√©cis, flottant, vague.
3 Chair √† saucisse¬†: pr√©paration de viande hach√©e. ‚ÄĒ Absolt. || Deux cents grammes de chair.
64.1 Derrière eux, Léon hachait de la chair à saucisse, sur le bloc de chêne, à coups lents et réguliers.
Zola, le Ventre de Paris, t. I, p. 127 (1875).
‚ô¶ Chair √† p√Ęt√©. ‚ÄĒ ‚ėĎ Loc. fam. Hacher menu comme chair √† p√Ęt√©¬†: mettre en pi√®ces, en menus morceaux.
4 (Qualifi√©). Partie comestible d'animaux (sauf lorsqu'il s'agit de la viande des mammif√®res), et de v√©g√©taux. || Ces volailles, ce poisson ont une chair d√©licate. || La chair de la dinde, du saumon. || La chair du grand gibier. || La chair d'un fruit. ‚áí Pulpe; (bot.) sarcocarpe (du grec sarco- ¬ę chair ¬Ľ). || La chair fondante de la poire. || Chair de la cerise, de la p√™che, du melon. || Chair du champignon.
65 Il (‚Ķ) cueille artistement cette prune exquise; il l'ouvre, vous en donne une moiti√©, et prend l'autre¬†: ¬ę Quelle chair¬†! dit-il; go√Ľtez-vous cela¬†?¬†(‚Ķ) ¬Ľ
La Bruyère, les Caractères, XIII, 2.
‚ĚĖ
CONTR. Squelette; os. ‚ÄĒ √āme, esprit; cŇďur.
COMP. V. Acharner, charcutier, charnel, charnier, charnu, charnure, décharner, écharner.
HOM. Chaire, cheire, cher, chère.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • chair ‚ÄĒ 1. (ch√™r) s. f. 1¬į¬†¬†¬†Toutes les parties molles du corps de l homme et des animaux, et plus particuli√®rement la partie rouge des muscles. Recevoir une blessure dans les chairs. ‚Äʬ†¬†¬†Mais je n ai plus trouv√© qu un horrible m√©lange D os et de chairs… ‚Ķ   Dictionnaire de la Langue Fran√ßaise d'√Čmile Littr√©

  • chair ‚ÄĒ CHAIR. s. f√©m. Substance molle et sanguine, qui est entre la peau et les os de l animal. Chair vive, chair morte, chair ferme. Avoir un coup d √©p√©e dans les chairs. Avoir la chair bonne. On gu√©rit ais√©ment les blessures qui ne sont que dans les… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Acad√©mie Fran√ßaise 1798

  • Chair ‚ÄĒ (ch[^a]r), n. [OE. chaiere, chaere, OF. chaiere, chaere, F. chaire pulpit, fr. L. cathedra chair, armchair, a teacher s or professor s chair, Gr. ? down + ? seat, ? to sit, akin to E. sit. See {Sit}, and cf. {Cathedral}, {chaise}.] [1913 Webster] ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • Chair ‚ÄĒ Chair, v. t. [imp. & p. p. {Chaired}; p. pr. & vb. n. {Chairing}.] 1. To place in a chair. [1913 Webster] 2. To carry publicly in a chair in triumph. [Eng.] [1913 Webster] 3. To function as chairperson of (a meeting, committee, etc.); as, he… ‚Ķ   The Collaborative International Dictionary of English

  • chair ‚ÄĒ index chairman, management (directorate), moderate (preside over), preside Burton s Legal Thesaurus. William C. Burton. 2006 ‚Ķ   Law dictionary

  • Chair ‚ÄĒ This article is about furniture. For other uses, see Chair (disambiguation). Vincent s Chair by Vincent van Gogh ‚Ķ   Wikipedia

  • CHAIR ‚ÄĒ s. f. Substance molle et sanguine, qui est entre la peau et les os de l homme et des animaux. Chair vive. Chair morte. Chair ferme. Chair molle. Avoir un coup d √©p√©e dans les chairs. On gu√©rit ais√©ment les blessures qui ne sont que dans les… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • CHAIR ‚ÄĒ n. f. Substance molle et sanguine qui est entre la peau et les os de l‚Äôhomme et des animaux. Chair vive. Chair morte. Chair ferme. Chair molle. On gu√©rit ais√©ment les blessures qui ne sont que dans les chairs. Sa plaie va bien, les chairs… ‚Ķ   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • chair ‚ÄĒ {{Roman}}I.{{/Roman}} noun 1 piece of furniture ‚á® See also ‚ÜĎarmchair ADJECTIVE ‚Ė™ comfortable, comfy (informal), cushioned, padded, plush, soft, upholstered ‚Ķ   Collocations dictionary

  • chair ‚ÄĒ Synonyms and related words: Eames chair, Hitchcock chair, TV chair, administer, administrate, anoint, armchair, armless chair, authority, ax, back seat, banquette, bar stool, barber chair, barrel chair, basket chair, batwing chair, be master, bed ‚Ķ   Moby Thesaurus


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